Un glaçon dans un pastis

Énoncé

On s’intéresse au cas d’un glaçon mis dans un verre de boisson anisée quelconque, en été. On souhaite connaître l’équation du mouvement de ce glaçon dans l’eau. On note zz la position du centre de gravité (noté GG) du glaçon par rapport au niveau d’eau. Le glaçon sera considéré comme parallélépipédique, de grande dimension LL et de petite dimension ll (voir schéma). Le glaçon est lâché depuis une hauteur hh au dessus du niveau de l’eau. On prendra ρanis≈ρeau=1000\rho_{\text{anis}}\approx\rho_{\text{eau}} = 1000 kg.m−3^{-3} et ρglace=917\rho_{\text{glace}} = 917 kg.m−3^{-3}, ainsi que l=1l = 1 cm.

Les forces qui s’appliquent sur le glaçon sont :

  1. Le poids, dirigé vers le bas : P→=−ρglaceLl2gez→\overrightarrow{P} = -\rho_{glace}Ll^2g\overrightarrow{e_z} où ρglace\rho_{glace} est la masse volumique de la glace.
  2. La poussée d’Archimède, dirigée vers le haut : Π→=ρeauVgez→\overrightarrow{\Pi} = \rho_{eau}Vg \overrightarrow{e_z} où ρeau\rho_{eau} est la masse volumique de l’eau et VV est le volume de boisson déplacé (il varie donc au cours du temps).
  3. La force de frottement, considérée proportionnelle et opposée à la vitesse, et proportionnelle à la surface par rapport à laquelle le mouvement est perpendiculaire : Ffr→=−η.L.l.dzdt\overrightarrow{F_{fr}} = -\eta .L.l.\dfrac{dz}{dt} où η\eta est la viscosité dynamique de la fameuse boisson anisée η=10−3\eta = 10^{-3} Pa.s (ou N.s.m−2^{-2}).
Schéma du glaçon dans le liquide, source S9.tex

Questions :

  1. Faire un schéma légendé de la situation
  2. Calculer, pour une position zz, le volume immergé et le volume émergé du glaçon.
  3. L’équilibre est atteint lorsque le poids équilibre la poussée d’Archimède. Donner l’expression littérale puis la valeur numérique de la position d’équilibre zeqz_{eq}.
  4. En négligeant les frottements de l’air et la poussée d’Archimède dans l’air, établir l’équation différentielle vérifiée par la position du glaçon.
  5. Vérifier que l’on retrouve bien l’expression de la position d’équilibre.
  6. Réécrire l’équation différentielle en exprimant le second membre en fonction de zeqz_{eq}
  7. En posant Z=z−zeqZ = z-z_{eq} Mettre cette équation sous la forme canonique :
d2Zdt2+ω0QdZdt+ω02Z=0\dfrac{d^2Z}{dt^2}+\dfrac{\omega_0}{Q}\dfrac{dZ}{dt}+\omega_0^2 Z = 0

et identifier ω0\omega_0 et QQ.

  1. Le régime est-il apériodique, critique ou pseudo-périodique ? On utilisera les valeurs numériques données dans l’énoncé.
  2. Quelle est l’équation du mouvement du glaçon ?

Correction

1. Faire un schéma légendé de la situation

Schéma légendé des forces et volumes du glaçon, source S9_correction.tex

2. Calculer, pour une position zz, le volume immergé et le volume émergé du glaçon.

Le volume immergé vaut

Vimmergeˊ=(l2−z(t))Ll\boxed{V_{\text{immergé}} = \left(\dfrac{l}{2}-z(t)\right)Ll}

Et le volume émergé vaut

Veˊmergeˊ=(l2+z(t))Ll\boxed{V_{\text{émergé}} = \left(\dfrac{l}{2}+z(t)\right)Ll}

On vérifie bien que

Vimmergeˊ+Veˊmergeˊ=Ll2,V_{\text{immergé}}+V_{\text{émergé}}=Ll^2,

qui correspond au volume total du glaçon.

3. L’équilibre est atteint lorsque le poids équilibre la poussée d’Archimède.

Le poids s’exprime, quelle que soit la position,

P→=−ρglaceLl2g ez→.\overrightarrow{P} = -\rho_{\text{glace}}Ll^2g\,\overrightarrow{e_z}.

La poussée d’Archimède dépend de la position du glaçon, elle s’exprime :

Π→=ρanisVimmergeˊg ez→=ρanis(l2−z(t))Llg ez→.\overrightarrow{\Pi} = \rho_{\text{anis}}V_{\text{immergé}}g\,\overrightarrow{e_z} = \rho_{\text{anis}} \left(\dfrac{l}{2}-z(t)\right)Llg\,\overrightarrow{e_z}.

Lors de l’équilibre,

P→+Π→=0→\overrightarrow{P} + \overrightarrow{\Pi} = \overrightarrow{0}

donc

ρglacel2Lg=ρanis(l2−zeq)Llg\rho_{\text{glace}}l^2Lg = \rho_{\text{anis}} \left(\dfrac{l}{2}-z_{eq}\right)Llg

soit

zeq=(12−ρglaceρanis)l\boxed{z_{eq} = \left(\dfrac{1}{2}-\dfrac{\rho_{\text{glace}}}{\rho_{\text{anis}}}\right)l}

Avec ρanis≈1000\rho_{\text{anis}}\approx 1000 kg.m−3^{-3}, ρglace=917\rho_{\text{glace}}=917 kg.m−3^{-3} et l=1l=1 cm,

zeq=(12−9171000)×10−2=−4.17×10−3 m.z_{eq} =\left(\dfrac{1}{2}-\dfrac{917}{1000}\right)\times 10^{-2} =-4.17\times10^{-3}\ \text{m}.

Ainsi,

zeq≈−4.17 mm\boxed{z_{eq}\approx -4.17\ \text{mm}}

Le signe négatif signifie que le centre de gravité du glaçon se trouve 4.174.17 mm sous la surface de l’eau à l’équilibre.

4. Établir l’équation différentielle vérifiée par la position du glaçon.

Le PFD donne

ρglacel2Ld2zdt2=−ρglacel2Lg+ρanisLlg(l2−z)−ηLldzdt.\rho_{\text{glace}}l^2L\dfrac{d^2z}{dt^2} = - \rho_{\text{glace}}l^2Lg +\rho_{\text{anis}}Llg\left(\dfrac{l}{2}-z\right) -\eta Ll\dfrac{dz}{dt}.

En divisant par ρglacel2L\rho_{\text{glace}}l^2L et en regroupant les termes en zz, on obtient

d2zdt2+ηρglaceldzdt+ρanisρglaceglz=g(12ρanisρglace−1)\boxed{\dfrac{d^2z}{dt^2} +\dfrac{\eta}{\rho_{\text{glace}}l}\dfrac{dz}{dt} +\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}\dfrac{g}{l}z = g\left(\dfrac{1}{2}\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}-1\right)}

5. Vérifier que l’on retrouve bien l’expression de la position d’équilibre.

À l’équilibre, zz est constant, donc

dzdt=0etd2zdt2=0.\dfrac{dz}{dt}=0 \qquad\text{et}\qquad \dfrac{d^2z}{dt^2}=0.

On obtient alors

ρanisρglaceglzeq=g(12ρanisρglace−1),\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}\dfrac{g}{l}z_{eq} = g\left(\dfrac{1}{2}\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}-1\right),

soit

zeq=(12−ρglaceρanis)l\boxed{z_{eq} = \left(\dfrac{1}{2}-\dfrac{\rho_{\text{glace}}}{\rho_{\text{anis}}}\right)l}

6. Réécrire l’équation différentielle en exprimant le second membre en fonction de zeqz_{eq}.

D’après l’expression précédente de zeqz_{eq},

g(12ρanisρglace−1)=ρanisρglaceglzeq.g\left(\dfrac{1}{2}\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}-1\right) = \dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}\dfrac{g}{l}z_{eq}.

L’équation différentielle peut donc s’écrire

d2zdt2+ηρglaceldzdt+ρanisρglaceglz=ρanisρglaceglzeq\boxed{\dfrac{d^2z}{dt^2} +\dfrac{\eta}{\rho_{\text{glace}}l}\dfrac{dz}{dt} +\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}\dfrac{g}{l}z = \dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}\dfrac{g}{l}z_{eq}}

7. En posant Z=z−zeqZ = z-z_{eq}, mettre cette équation sous la forme canonique.

Comme zeqz_{eq} est constant,

dZdt=dzdtetd2Zdt2=d2zdt2.\dfrac{dZ}{dt}=\dfrac{dz}{dt} \qquad\text{et}\qquad \dfrac{d^2Z}{dt^2}=\dfrac{d^2z}{dt^2}.

L’équation différentielle devient donc

d2Zdt2+ηρglaceldZdt+ρanisρglacegl(z−zeq)=0  ⟹   d2Zdt2+ηρglaceldZdt+ρanisρglaceglZ=0\begin{aligned}
&\dfrac{d^2Z}{dt^2} +\dfrac{\eta}{\rho_{\text{glace}}l}\dfrac{dZ}{dt} +\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}\dfrac{g}{l}\left(z-z_{eq}\right)=0\\
\implies\ &\boxed{\dfrac{d^2Z}{dt^2} +\dfrac{\eta}{\rho_{\text{glace}}l}\dfrac{dZ}{dt} +\dfrac{\rho_{\text{anis}}}{\rho_{\text{glace}}}\dfrac{g}{l}Z=0}
\end{aligned}

On compare cette expression à la forme canonique

d2Zdt2+ω0QdZdt+ω02Z=0.\dfrac{d^2Z}{dt^2} +\dfrac{\omega_0}{Q}\dfrac{dZ}{dt} +\omega_0^2Z=0.

Par identification,

ω02=ρanisgρglaceletω0Q=ηρglacel.\omega_0^2= \dfrac{\rho_{\text{anis}}g}{\rho_{\text{glace}}l} \qquad\text{et}\qquad \dfrac{\omega_0}{Q} =\dfrac{\eta}{\rho_{\text{glace}}l}.

On obtient donc

ω0=ρanisgρglacel\boxed{\omega_0= \sqrt{\dfrac{\rho_{\text{anis}}g}{\rho_{\text{glace}}l}}}

et

Q=1ηρglaceρanislg\boxed{Q= \dfrac{1}{\eta}\sqrt{\rho_{\text{glace}}\rho_{\text{anis}}lg}}

8. Le régime est-il apériodique, critique ou pseudo-périodique ?

Calculons tout d’abord la pulsation propre :

ω0=1000×9.81917×10−2≈32.7 rad.s−1.\omega_0 = \sqrt{\dfrac{1000\times9.81}{917\times10^{-2}}} \approx 32.7\ \text{rad.s}^{-1}.

Le facteur de qualité vaut

Q=110−3917×1000×10−2×9.81≈299.9.Q= \dfrac{1}{10^{-3}} \sqrt{917\times1000\times10^{-2}\times9.81} \approx 299.9.

Ainsi,

Q≈300\boxed{Q\approx300}

Le régime est pseudo-périodique lorsque Q>12Q>\dfrac{1}{2}. Ici, Q≫12Q\gg\dfrac{1}{2}, donc le glaçon est en régime

pseudo-peˊriodique\boxed{\text{pseudo-périodique}}

Le frottement est donc très faible devant les effets inertiels et la poussée d’Archimède : le glaçon va effectuer plusieurs oscillations autour de sa position d’équilibre avant de s’y stabiliser.

9. Quelle est l’équation du mouvement du glaçon ?

Dans le cas d’un régime pseudo-périodique, la solution de l’équation différentielle vérifiée par ZZ est de la forme

Z(t)=e−ω02Qt[Acos⁡(ωPt)+Bsin⁡(ωPt)],A,B∈R,Z(t)= e^{-\frac{\omega_0}{2Q}t} \left[ A\cos(\omega_Pt)+B\sin(\omega_Pt) \right], \qquad A,B\in\mathbb{R},

avec

ωP=ω01−14Q2\boxed{\omega_P= \omega_0\sqrt{1-\dfrac{1}{4Q^2}}}

On peut également introduire le temps caractéristique

τ=2Qω0\boxed{\tau=\dfrac{2Q}{\omega_0}}

de sorte que

Z(t)=e−t/τ[Acos⁡(ωPt)+Bsin⁡(ωPt)].Z(t)= e^{-t/\tau} \left[ A\cos(\omega_Pt)+B\sin(\omega_Pt) \right].

Comme z=Z+zeqz=Z+z_{eq}, l’équation générale du mouvement du glaçon est donc

z(t)=zeq+e−t/τ[Acos⁡(ωPt)+Bsin⁡(ωPt)]\boxed{z(t)=z_{eq} +e^{-t/\tau} \left[ A\cos(\omega_Pt)+B\sin(\omega_Pt) \right]}

Le glaçon est lâché sans vitesse initiale. Si hh désigne la hauteur initiale du centre de gravité GG par rapport à la surface de l’eau, alors

z(0)=hetdzdt(0)=0.z(0)=h \qquad\text{et}\qquad \dfrac{dz}{dt}(0)=0.

La première condition donne

A=h−zeq.A=h-z_{eq}.

En dérivant l’expression de z(t)z(t) et en utilisant z˙(0)=0\dot z(0)=0, on obtient

B=AωPτ.B=\dfrac{A}{\omega_P\tau}.

Ainsi,

z(t)=zeq+(h−zeq)e−t/τ[cos⁡(ωPt)+1ωPτsin⁡(ωPt)]\boxed{z(t)=z_{eq} +(h-z_{eq})e^{-t/\tau} \left[ \cos(\omega_Pt) +\dfrac{1}{\omega_P\tau}\sin(\omega_Pt) \right]}

Le modèle de frottement est bien pratique pour nous, mais il s’agit d’une expression extrêmement simplifiée. Avec η=10−3\eta = 10^{-3} Pa.s, on obtient Q=300Q = 300 ce qui est un amortissement très faible. Le glaçon effectuerait des centaines d’oscillations avant de s’immobiliser, ce qui n’est évidemment pas ce qu’on observerait réellement dans un verre de pastis (on ne souhaite pas attendre aussi longtemps).

On peut donc modifier le modèle de frottement. Le modèle initial

Ffr=−ηSz˙F_\text{fr}= -\eta S\dot{z}

peut être remplacé par un modèle de frottement quadratique lié à la traînée aérodynamique :

Ffr=−12CDρanisS∣z˙∣z˙F_\text{fr}= -\dfrac{1}{2}C_D\rho_{\text{anis}}S\left|\dot{z}\right|\dot{z}

Ce modèle est dit « quadratique » car la force de frottement est proportionnelle au carré de la vitesse, et non uniquement à la vitesse. Avec un glaçon dont le mouvement est suivant sa petite dimension ll, on prend S=LlS=L l et l’équation devient alors :

ρglaceLl2z¨=−ρglaceLl2g+ρanisLlg(l2−z)−12CDρanisLl∣z˙∣z˙.\rho_{\mathrm{glace}}Ll^2\ddot z = -\rho_{\mathrm{glace}}Ll^2g +\rho_{\mathrm{anis}}Ll g\left(\dfrac l2-z\right) -\dfrac12C_D\rho_{\mathrm{anis}}Ll|\dot z|\dot z.

Donc :

z¨+CDρanis2ρglacel∣z˙∣z˙+ρanisgρglacelz=g(ρanis2ρglace−1)\boxed{\ddot z+ \dfrac{C_D\rho_{\mathrm{anis}}}{2\rho_{\mathrm{glace}}l} |\dot z|\dot z + \dfrac{\rho_{\mathrm{anis}}g}{\rho_{\mathrm{glace}}l}z = g\left( \dfrac{\rho_{\mathrm{anis}}}{2\rho_{\mathrm{glace}}}-1 \right)}

Attention : avec ce modèle, l’équation n’est plus linéaire, donc on ne peut plus définir simplement un QQ constant ni utiliser la solution analytique précédente. Il faut résoudre numériquement l’EDO.

On peut superposer les solutions pour les deux modèles de frottement. On observe très rapidement la différence entre les deux modèles, l’un étant bien plus amorti que l’autre.

Comparaison de la position du glaçon au cours du temps pour le frottement linéaire et le frottement quadratique, source S9_correction.tex